Archives par mot-clé : Mort

Olivier Ouvry : Lacan, théoricien du pubertaire ?

Nous explorons en quoi J. Lacan peut être un théoricien du pubertaire à son insu, à l’instar de ce que Freud a pu faire lorsqu’il s’est intéressé à la jeune fille dans la période infantile. À son insu donc, par le fait d’un changement de paradigme dans sa théorie, entre le Livre V du Séminaire et l’existence d’un Autre de l’Autre, et le Livre VI où il n’y a pas d’Autre de l’Autre. Notre exploration s’étaie sur une conférence de J.-A. Miller en 2013 : « L’Autre sans Autre ».

Adolescence, 2016, 34, 2, 239-250.

Isée Bernateau : le temps arrêté

Fantasio et Léonce, les deux héros adolescents des comédies éponymes de Musset et Büchner, sont aux prises avec une temporalité immobile, synonyme d’ennui, de ressassement et de vide. Cette temporalité ouvre sur la mort, envisagée comme seule réalité dès lors qu’ils quittent le hors-temps édénique d’une enfance dont le fantasme de l’enfant mort serait le symptôme. Ce rapport désespéré au temps serait le signe du traumatisme que représente, à l’adolescence, la rencontre de l’objet génital. La mort serait mise en avant pour se protéger du sexuel, et la suspension du temps serait la stratégie dramatique mise au point pour “ retarder ” la rencontre amoureuse redoutée.

Stéphane Bourcet, Camille Rossi : la plainte hypocondriaque à l’adolescence

Les plaintes hypocondriaques, fréquentes à l’adolescence, sont une demande faite à l’autre et s’adressent à un objet d’amour et/ou de haine. C’est de l’effraction traumatique induite par la puberté que l’adolescent vient se plaindre et prendre à témoin les autres. Les plaintes hypocondriaques sont porteuses d’un investissement narcissique massif. L’organe, dont l’adolescent se plaint, condense le corps traumatisé dans sa globalité par la génitalisation. Le corps, centré par ses plaintes multiples, est un lieu de projection, cristallisant dans la masse corporelle toute pensée, qui devient alors asignifiante. L’adolescent hypocondriaque, animé qu’il est par un fantasme sous-jacent très actif d’immortalité, semble substituer la dimension temporo-spatiale de la maladie au temps et à l’espace de l’existence humaine, marquée par sa finitude.

Myriam Frégonèse : variation sur la mort et le symbole

Invité par son thérapeute à écrire de la façon la plus libre qui soit, un jeune adolescent de quatorze ans pris en charge en hôpital de jour, va déployer un récit que jalonneront diverses représentations de la mort. À celles-ci Dan tentera de faire correspondre une forme de réponse potentiellement salutaire et la plupart du temps rendue possible par la convocation de différents personnages romanesques. Son récit sera finalement clôturé par une scène où mort et symbole viendront à se lier comme pour enfin prétendre à quelque trouvaille structurante.

Andre-Michel Gardey : Régression et construction après-coup. séropositivité et traumatisme

L’article présente un cas clinique dans lequel une  » mauvaise rencontre  » dans le réel : l’annonce de la séropositivité, a directement fait régresser le sujet de façon temporelle à ce moment de son adolescence où un mouvement de remaniement psychique avait été stoppé. Il discute la régression vers l’infantile qui s’est faite jour, entraînant la renégociation dans l’après-coup du conflit œdipien qui s’était brusquement figé à la mort du père quand ce sujet avait quinze ans. Il propose l’hypothèse que ceci a pu se rejouer dans un remaniement progrédient où sa propre confrontation à la mort à venir a enfin fourni au sujet l’opportunité qui était demeurée incertaine jusque-là de s’identifier au père à travers la mort, et de renouer une relation filiale, dans une réhabilitation de sa fonction. Quitter un père prégénital grandiose et hors identification, pour construire un père œdipien, idéalisable et structurant, semble avoir été la rançon possible de sa séropositivité.

Adolescence, 1999, T. 17 n°2, pp. 147-155.

Daniel Oppenheim: L’ adolescent cancéreux et la beauté

L’adolescent est soumis à la laideur qui vient du cancer et de sa mort possible. Retrouver la beauté du monde et la sienne propre lui est nécessaire pour sortir de l’aliénation à l’expérience du cancer et affirmer que la mort n’a pas imposé sa loi inhumaine, qu’il guérisse ou non. La quête de sa beauté se fait dans le désinvestissement des signes visibles du cancer, la redécouverte de son identité, dans les divers actes de création, dans l’affirmation de sa présence unique au monde. Il/elle ne peut l’accomplir seul(e). Nous devons, authentiquement, par le regard et l’écoute, découvrir sa beauté, et la nôtre.

Catherine Weismann-Arcache : l’adolescent savant : penser la mort pour rêver d’amour

À partir d’une recherche longitudinale portant sur les enfants et adolescents à haut potentiel, je souhaite évoquer le parcours de deux « nourrissons savants » devenus des « adolescents savants », et leur rapport à la traumatophilie et à la mort. Je développerai deux vignettes cliniques : l’une concerne l’enfance et l’adolescence de Blaise Pascal et sa passion mathématique ; l’autre est une étude longitudinale qui rapporte la passion amoureuse vécue par Ariane, une jeune fille surdouée rencontrée à huit ans et quatorze ans. Traumatismes par excès et traumatismes par défaut  fabriqueront nourrissons et adolescents savants, ce sera ma première hypothèse. Ma deuxième hypothèse concerne le mouvement traumatophilique qui vient forcer, voire violenter le processus de séparation : chez l’adolescent savant, la passion amoureuse fait l’économie de la séparation.

Adolescence, 2010, T. 28, n°2, pp. 347-360.

Isée Bernateau : mourir d’amour

L’amour et la mort, au lieu de s’opposer, se rencontrent parfois à l’adolescence. Dans Léonce et Léna, de G. Büchner, les héros adolescents éponymes évoquent la mort et les représentations qui lui sont associées, l’enfant mort ou le suicide, au moment où ils se rencontrent et tombent amoureux l’un de l’autre. La mort symbolise et condense la menace de perte que fait surgir la découverte de l’objet génital. Elle est convoquée par l’adolescent pour « refroidir » et contre-investir une pulsionnalité dont il redoute la coloration incestueuse.

Adolescence, 2010, T. 28, n°2, pp. 281-287.

Yves Morhain : le spleen adolescent

L’adolescence est un moment de grande vulnérabilité identitaire en raison des bouleversements internes provoqués par l’irruption du réel pubertaire et des conséquences sur son économie psychique. Cette opération identitaire ne peut se concevoir sans une rencontre incontournable pour tout adolescent avec la question de la mort et son issue.

L’auteur tente d’interroger comment dans une société actuelle mélancoliforme, l’adolescent, en proie au spleen baudelairien, met à l’épreuve ses capacités à survivre à cette expérience de confrontation à la mort dont dépend son devenir psychique de futur adulte.

Adolescence, 2010, T. 28, n°2, pp. 253-267.

Gianluigi Monniello : comprendre la vie et la mort

L’auteur propose quelques pistes de réflexion sur le mystère et le phénomène de la mort. Il convient en effet de distinguer, comme l’auraient fait les Romains, le mortalis, le moribundus, le moriens et le mortuus. Cette distinction est essentielle pour permettre d’organiser la recherche sur le lien intime entre la conception, l’originaire et « la peur antique ». Se fondant également sur une expérience clinique, l’auteur signale que le concept d’identification primaire est essentiel pour lire analytiquement l’activité psychique spécifique que l’on appelle travail du trépas. Le mourant tend en effet à former avec la personne qui prend soin de lui, dernier dépositaire du transfert, une dernière dyade, dans le sillage de la relation précoce avec sa mère.

Adolescence, 2011, T. 29 n°1, pp. 147-159.