Archives par mot-clé : Moi idéal

Gérard Bonnet : le trouvère. Quand la rivalité des doubles tourne à l’atteinte du corps propre

 

L’adolescent qui s’en prend à son propre corps est souvent enfermé dans une logique des doubles dont il cherche à se protéger et à émerger. Celle-ci présente l’avantage de maintenir l’illusion de toute-puissance éprouvée quand il était enfant, de la projeter en l’autre avec la violence qui l’accompagne, et de fixer cette dernière en la retournant sur soi de façon ciblée et limitée. Les automutilations qu’il s’inflige constituent ainsi des témoins réels de l’illusion dont il a besoin pour se construire. L’intérêt d’une œuvre comme Le Trouvère de Verdi est de nous faire accéder au scénario mythique sous-jacent à ce type de comportement et d’ouvrir la voie à son analyse. On y découvre en particulier comment l’automutilation constitue chez certains adolescents un rite de passage grâce auquel ils s’affrontent à un double mythique, d’abord à leurs dépens, mais en gardant aussi la possibilité de le démasquer.

Gérard Bonnet : les idéaux à l’adolescence

On met souvent la crise adolescente telle qu’elle se manifeste aujourd’hui dans les banlieues sur le compte d’une « maladie d’idéalité ». L’auteur montre qu’il s’agit moins d’un manque, que d’un trop d’idéaux matériels qui empêchent l’adolescent d’adhérer à des valeurs universelles facilitant son insertion. Pour montrer comment une évolution est possible, il analyse le film des frères Dardenne, La promesse, où l’on peut suivre pas à pas cette évolution et en analyser les différentes composantes. Il situe cette évolution dans le processus de conversion au sens large et souligne le rôle majeur joué par la référence à l’imago maternelle.

Gérard Bonnet : quand l’idéal pousse au passage à l’acte

Il est classique d’attribuer les actes humains violents excessifs qui se produisent régulièrement sur la scène privée ou publique au déchaînement de pulsions agressives : on invoque alors la faiblesse des instances surmoïques qui n’ont pas joué leur rôle. Freud se réfère régulièrement à ce schéma à partir de la mise en place de la seconde topique, et il inspire la plupart des modèles éducatifs en vigueur. Pourtant, il arrive que les idéaux censés contrôler les pulsions donnent eux-mêmes naissance à un passage à l’acte violent. Dans ces cas-là, il y a idéalisation sans sublimation, et l’idéal qui est au cœur de l’idéalisation est investi pour lui-même. Au lieu d’être le vecteur du désir, ouvrant à la sublimation, il concentre l’énergie pulsionnelle et la libère d’une façon explosive. C’est pourquoi une analyse approfondie des idéaux s’impose pour dégager les composants de cette explosion et la façon de la désamorcer.

Adolescence, 2013, T. 31, n°4, pp. 897-915.

Dominique Bourdin : note sur le vocabulaire de l’idéal en psychanalyse

Au fil des textes freudiens, sont dégagées les notions d’idéalisation, de formation d’idéal et d’idéal du Moi. La distinction post-freudienne entre idéal du Moi et Moi idéal est explicitée. Le parcours se conclut par la distinction entre idéalisation et sublimation.

Adolescence, 2013, T. 31, n°4, pp. 823-834.

Nathalie De Kernier, Yuichiro Abe : meurtre héroïque et identité hybride à l’adolescence

Le héros à l’adolescence surgit régulièrement dans la clinique et dans la littérature. L’infans apparaît comme une figuration nécessaire de l’identité hybride de l’adolescent, passage nécessaire pour se défaire de son emprise. Cette déprise implique un meurtre symbolique, particulièrement héroïque. Le passage à l’acte est à entendre comme une quête de symbolisation de ce meurtre.

Adolescence, 2013, T. 31, n°2, pp. 393-407.

Gérard Bonnet : du héros tragique au héros ordinaire

Homère privilégie deux types de héros : celui d’Achille dans l’Iliade, qui magnifie le combat à mort et a fait bien des émules au cours de l’histoire, et puis celui qu’incarne Ulysse dans l’Odyssée où le héros s’illustre en déjouant les obstacles qu’il rencontre sur la route du retour vers son lieu d’origine. D’un côté nous avons une lutte duelle qui certes entraîne la notoriété, mais provoque la destruction de l’une des deux  parties en présence, et de l’autre, un combat de tous les instants du héros pour sauver sa vie et retrouver sa place dans la cité. Le premier privilégie le regard et se soumet aux exigences du paraître, le second au contraire s’en prend d’abord à l’œil qui le domine et en démonte les rouages pour se donner un nom. Le processus adolescent participe de ces deux parcours à la fois, et suppose le dégagement progressif de l’emprise du voir qui fait miroiter l’idéal. En se référant à diverses œuvres littéraires, l’auteur montre à quelles conditions cette évolution est possible.

Adolescence, 2013, T. 31, n°2, pp. 313-326.